Au Luxembourg, les obligations LBC/FT (aussi écrites LCB-FT) découlent de la loi du 12 novembre 2004 : tout professionnel visé à l'article 2 doit évaluer ses risques, connaître ses clients et leurs bénéficiaires effectifs, organiser son dispositif interne, former son personnel et déclarer ses soupçons à la CRF. Pour les entités supervisées par la CSSF, le règlement CSSF n° 12-02 en fixe les modalités.
Qui est assujetti : l'article 2 de la loi
L'article 2, paragraphe 1, énumère les professionnels concernés. Il couvre les établissements de crédit et les PSF, les établissements de paiement et de monnaie électronique, les entreprises d'assurance qui exercent l'assurance vie, les organismes de placement collectif qui commercialisent leurs parts, les sociétés de gestion et les gestionnaires de fonds d'investissement alternatifs, les réviseurs d'entreprises, les experts-comptables, les notaires, les huissiers pour les ventes publiques, les avocats pour certaines activités, les conseillers fiscaux, les prestataires de services aux sociétés et fiducies, les agents immobiliers (pour les loyers mensuels d'au moins 10 000 euros), les prestataires de jeux d'argent, les négociants en biens payés en espèces à partir de 10 000 euros, les intermédiaires en œuvres d'art à partir de 10 000 euros et les prestataires de services sur crypto-actifs.
L'article 2, paragraphe 2, y ajoute les succursales luxembourgeoises de professionnels étrangers et les professionnels étrangers qui fournissent des services au Luxembourg sans succursale.
Les obligations, article par article
| Obligation | Article de la loi | Ce que le texte demande |
|---|---|---|
| Évaluation des risques | 2-2 | Identifier, évaluer et comprendre les risques selon les clients, les pays, les produits, les services, les transactions et les canaux de distribution ; documenter et tenir à jour. |
| Vigilance à l'égard de la clientèle | 3 | Identifier et vérifier le client et le bénéficiaire effectif, comprendre l'objet de la relation, exercer une vigilance constante. |
| Vigilance simplifiée et renforcée | 3-1 et 3-2 | Alléger quand le risque est moins élevé, renforcer quand il est plus élevé (pays à haut risque, personnes politiquement exposées). |
| Recours à des tiers | 3-3 | Déléguer certaines mesures à un tiers, la responsabilité finale restant au professionnel. |
| Organisation interne | 4, paragraphe 1 | Politiques, contrôles et procédures, responsable du contrôle du respect, audit indépendant lorsque c'est approprié, procédures d'embauche. |
| Formation du personnel | 4, paragraphe 2 | Participation des employés et des dirigeants à des programmes de formation continue. |
| Coopération et déclaration | 5 | Informer la CRF sans délai de tout soupçon, répondre à ses demandes, s'abstenir d'exécuter la transaction suspecte. |
| Conservation | 3, paragraphe 6 | Cinq ans après la fin de la relation ou la date de la transaction occasionnelle. |
Quand la vigilance s'applique
L'article 3, paragraphe 1, déclenche les mesures de vigilance dans cinq situations : l'établissement d'une relation d'affaires, une transaction occasionnelle d'au moins 15 000 euros (en une ou plusieurs opérations liées), un transfert de fonds ou de crypto-actifs supérieur à 1 000 euros, un soupçon de blanchiment ou de financement du terrorisme (sans seuil) et un doute sur la véracité des données d'identification déjà obtenues. Les négociants en biens appliquent la vigilance aux transactions en espèces d'au moins 10 000 euros, les prestataires de jeux d'argent à partir de 2 000 euros.
Le contenu de la vigilance
Les mesures de l'article 3, paragraphe 2, comprennent l'identification du client et la vérification de son identité sur des sources fiables et indépendantes, l'identification du bénéficiaire effectif, la compréhension de la structure de propriété et de contrôle, l'évaluation de l'objet et de la nature de la relation d'affaires, et la vigilance constante sur les transactions. L'étendue des mesures dépend de l'appréciation des risques, sauf l'identification du client et du bénéficiaire effectif, qui est toujours obligatoire (article 3, paragraphe 2bis).
Qui contrôle : l'article 2-1
La CSSF contrôle les établissements de crédit et les professionnels qu'elle supervise, le Commissariat aux assurances (CAA) le secteur des assurances, et l'Administration de l'enregistrement, des domaines et de la TVA (AED) les professionnels qui ne relèvent d'aucune autre autorité. Les organismes d'autorégulation surveillent leurs membres : l'Institut des réviseurs d'entreprises, l'Ordre des experts-comptables, la Chambre des notaires, l'Ordre des avocats à Luxembourg et à Diekirch, et la Chambre des huissiers.
Ce que le règlement CSSF n° 12-02 ajoute
Pour les entités supervisées par la CSSF, le règlement CSSF n° 12-02 précise la loi. Il exige une politique d'acceptation des clients (article 8), la désignation d'un responsable du respect et d'un responsable du contrôle, avec communication de leurs noms à la CSSF (article 40), un programme de formation documenté par écrit (article 46, paragraphe 2) et une vérification annuelle par le réviseur d'entreprises agréé, qui couvre aussi les mesures de formation (article 49). Notre guide du règlement CSSF 12-02 en détaille la structure.
Les sanctions en bref
Les autorités de contrôle peuvent prononcer un avertissement, un blâme, une déclaration publique, une interdiction temporaire d'exercer d'une durée maximale de cinq ans (CSSF et CAA) et des amendes administratives (article 8-4). Pour un établissement de crédit ou un établissement financier, le plafond est de 5 000 000 euros ou 10 % du chiffre d'affaires annuel total s'il s'agit d'une personne morale, et de 5 000 000 euros s'il s'agit d'une personne physique. Pour les autres professionnels, il est de 1 000 000 euros ou de deux fois l'avantage tiré de la violation. Le détail figure dans notre article sur les sanctions LBC/FT.
Ce qui change le 10 juillet 2027
Le règlement (UE) 2024/1624 s'applique directement à partir du 10 juillet 2027 et reprend une grande partie de ces obligations. Le seuil de vigilance pour les transactions occasionnelles passe de 15 000 à 10 000 euros. Nous détaillons les changements dans l'article sur le règlement (UE) 2024/1624.
Passer de la règle à la pratique
Le cadre luxembourgeois tient en quatre niveaux : la loi, le règlement grand-ducal du 1er février 2010, le règlement CSSF 12-02 et les circulaires. Regardez gratuitement la leçon 1.1 du cours, sans compte ni paiement : elle montre dans quel texte chercher chaque obligation.
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Questions fréquentes
Qui est soumis aux obligations LBC/FT au Luxembourg ?
Les personnes énumérées à l'article 2 de la loi du 12 novembre 2004 : établissements de crédit, PSF, assureurs vie, OPC et sociétés de gestion, réviseurs, experts-comptables, notaires, avocats pour certaines activités, agents immobiliers, prestataires de services aux sociétés et fiducies, prestataires de crypto-actifs, négociants en biens payés en espèces à partir de 10 000 euros, entre autres.
À partir de quel montant faut-il appliquer la vigilance à une transaction occasionnelle ?
À partir de 15 000 euros, en une ou plusieurs opérations qui semblent liées (article 3, paragraphe 1, point b, de la loi). Les transferts de fonds et de crypto-actifs supérieurs à 1 000 euros déclenchent aussi la vigilance, tout comme un soupçon, quel que soit le montant.
Combien de temps faut-il conserver les documents de vigilance ?
Cinq ans après la fin de la relation d'affaires ou après la date de la transaction occasionnelle (article 3, paragraphe 6, de la loi). Une autorité de contrôle peut exiger une conservation supplémentaire de cinq ans au plus dans des affaires précises.
Quel texte applique-t-on en plus de la loi pour une entité supervisée par la CSSF ?
Le règlement CSSF n° 12-02 du 14 décembre 2012, modifié par le règlement CSSF n° 20-05 du 14 août 2020, qui détaille la politique d'acceptation des clients, les fonctions du responsable du respect et du responsable du contrôle, la formation et le rapport du réviseur.
Sources officielles
- Loi du 12 novembre 2004 relative à la lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme, art. 2, 2-1, 2-2, 3, 3-1, 3-2, 3-3, 4, 5, 8-4 et 9 (Legilux, version consolidée applicable au 08/08/2026)
- Règlement CSSF n° 12-02 du 14 décembre 2012 modifié par le règlement CSSF n° 20-05 du 14 août 2020, art. 40 à 46 et 49 (texte coordonné CSSF)
- CSSF, Lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme, cadre légal (page consultée le 11/10/2026)
- Primary Source, cours AML/CFT et KYC en pratique au Luxembourg (page servie le 11/10/2026)